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Azawad: Moussa ag Acharatoumane sur LCP


« La résilience à la sécheresse passe par l’information et l’autonomisation des collectivités locales »

Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

GENÈVE, 22 mai (Stratégie internationale de prévention des catastrophes des Nations Unies) –Les participants à la quatrième session de la Plate-forme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe ont débattu, ce matin, au cours d’une séance plénière, au Centre international de conférences Genève, de la question de l’activité des collectivités, considérée comme la pierre angulaire des nations résilientes.  Mme Ann Akwango, Directrice des programmes du Development Network of Indigenous Voluntary Associations (DENIVA) de l’Ouganda, a animé cette séance.

Il est important de renforcer la résilience des communautés face aux catastrophes qui interviennent au quotidien car, ont fait remarquer les intervenants, ces catastrophes ont des conséquences dévastatrices sur la vie des populations.  Les médias assurent une faible couverture à ces évènements naturels et les autorités de nombreux pays consacrent des ressources limitées pour les prévenir.  Pour sa part, la Directrice et fondatrice de la communauté des travailleurs de santé de Shibuye (Kenya), Mme Violet Shivutse, a regretté que les donateurs n’accordent pas la priorité à l’action des collectivités, qui est pourtant efficace.  La quatrième session de la Plate-forme devrait formuler des recommandations afin de garantir la pérennité des initiatives locales, a-t-elle estimé.
Responsable de la Sakhi Federation (Inde), Mme Godavari Dange, a souligné l’importance des initiatives prises par les femmes en Inde pour prévenir, au sein de leurs communautés, la contamination de l’eau résultant de changements climatiques.  La Présidente de l’Union des coopératives des femmes Las Brumas (Nicaragua), Mme Haydee Rodriguez, a fait observer que la participation des femmes à la vie publique municipale avait augmenté grâce à un programme qui consacre 5% du budget à des programmes de formation et d’intégration.  Pour le représentant de la Fondation internationale pour les peuples du Pacifique Sud –FSPI- (Fidji), M. Jiuta Korovulavula, le cadre d’action post-2015 devrait encourager les gouvernements à intégrer toutes les catégories de personnes vulnérables aux efforts de réduction des risques de catastrophe.

Le mécanisme d’alerte précoce mis en place dans la région de Sarapiqui, au Costa Rica, a assuré la Coordonnatrice du Comité communautaire d’urgence de Puerto Viejo (Costa Rica), Mme Jacqueline Araya Montero, a permis de mieux préparer la population aux risques d’une catastrophe en assurant la formation appropriée des différents personnels concernés, en organisant une solide coordination avec les autorités locales ou nationales et en assistant les personnes touchées.  Le Secrétaire adjoint à la protection civile de l’État Rio de Janeiro (Brésil), M. Marcio Moura Motta, a indiqué que la ville de Rio de Janeiro et toute la région, grâce à des mesures préventives bien ciblées, avait réussi à réduire l’impact des inondations de 2010, qui avaient causé la mort de plusieurs dizaines de personnes.

Les communautés jouent un rôle important en matière de prévention des risques de catastrophe, car souvent les catastrophes naturelles, causées par les changements climatiques, se produisent dans des régions qu’elles connaissent très bien.  C’est pourquoi, il faudrait recourir aux connaissances traditionnelles, a recommandé M. Alex Byarugaba, qui est membre du Parlement, dans le district d’Isingiro, en Ouganda.  Pour la Ministre de la protection civile de la Nouvelle-Zélande, Mme Nikki Kaye, la rapidité avec laquelle un pays se remet d’une catastrophe naturelle dépend de la capacité des collectivités à y faire face.  Elle a estimé que les populations devraient être sensibilisées à ces risques à la fois à travers les médias traditionnels et les réseaux sociaux.

Cette séance plénière est immédiatement suivie d’un évènement spécial intitulé « Résilience à la sécheresse face aux changements climatiques », en salle 2, niveau 0 du CIGC.

RÉSILIENCES DES COLLECTIVITÉS: LA PIERRE ANGULAIRE DE NATIONS RÉSILIENTES

Déclarations

Mme ANN AKWANGO, Directrice des programmes du Development Network of Indigenous Voluntary Associations (DENIVA) de l’Ouganda, a rappelé la philosophie africaine du travail collectif pour le bien commun, dans le respect des perspectives de chacun, une philosophie qui, a-t-elle précisé, s’applique aussi à l’action face aux catastrophes.  Il est important de construire la résilience des communautés pour faire face aux catastrophes qui interviennent au quotidien, et qui ont un impact très grave sur le bien-être des populations.  Ce sont malheureusement celles dont la presse parle peu et pour lesquelles la mobilisation des ressources reste limitée.  C’est pourquoi, a-t-elle souligné, le futur cadre d’action qui remplacera celui de Hyogo devrait refléter cette réalité.

La mobilité et la capacité d’organisation des communautés sont essentielles pour la réduction des risques de catastrophe, a-t-elle dit, en précisant que ces communautés peuvent trouver des solutions originales aux problèmes qui se posent à elles.  Il est ainsi utile de coordonner les programmes nationaux avec connaissances traditionnelles des communautés.  Il faudrait renforcer les capacités au niveau des communautés locales, qui en manquent cruellement mais qui sont les plus à même de faire face aux fléaux qui les frappent.  Il faudrait aussi associer tous les secteurs concernés pour parvenir à la résilience des communautés, a estimé Mme Akwango.  Elle a fait observer que les mécanismes visant à renforcer les partenariats entre le secteur public, national et local, et le secteur privé font, pour l’instant, défaut en Ouganda.

Mme GODAVARI DANGE, Directrice de la SakhiFederation, en Inde, a décrit la grave sécheresse qui frappe la communauté agricole en Inde, causant la pauvreté et contraignant les populations à fuir leur région et, parfois, leur pays.  Les changements climatiques menacent les ressources hydriques dont disposent les communautés, a-t-elle alerté.  Les femmes au sein de ces communautés se sont d’abord organisées pour s’entraider et subvenir aux besoins de leurs familles.  Elles ont ensuite étendu leur action à d’autres communautés confrontées à des difficultés similaires au niveau de l’État du Maharastra.  Pour ce faire, elles ont créé des partenariats solides avec les pouvoirs publics et le secteur privé, notamment une société d’énergie avec laquelle elles développent des projets industriels à petite échelle dans le domaine de l’éclairage, a précisé Mme Dange.  Certaines femmes se sont formées aux techniques agricoles, d’autres à l’administration et à la gestion de projets.  Six cents personnes sont responsables de la diffusion d’informations importantes, notamment météorologiques, a-t-elle ajouté.  Le futur cadre d’action pour l’après-2015, a-t-elle demandé, devrait permettre de débloquer des fonds pour l’action locale et encourager l’action des groupes de femmes à ce niveau.

M. JIUTA KOROVULAVULA, de la Fondation internationale pour les peuples du Pacifique Sud (FSPI), à Fidji, a présenté les mesures prises par les collectivités de son pays.  Les organisations non gouvernementales concernées ont créé des groupes de travail thématiques sur la reconstruction, l’alerte précoce ou encore la gestion communautaire des catastrophes.  Des comités communautaires représentant toute la population ont pour rôle d’établir une évaluation des dégâts en cas de catastrophe, en lien avec les autorités du pays.  Une organisation non gouvernementale travaille à l’intégration des personnes handicapées aux activités de préparation aux catastrophes, a assuré M. Korovulavula.  Les organisations concernées constatent que la coopération régionale et internationale doit s’appuyer, d’abord, sur l’action des collectivités.  Le cadre d’action pour l’après-2015 devrait encourager les gouvernements à intégrer toutes les catégories de personnes vulnérables aux efforts de réduction des risques de catastrophe.

Mme HAYDEE RODRIGUEZ, Présidente de l’Union des coopératives Las Brumas, au Nicaragua, a indiqué que sa coopérative travaillait activement à la réduction des risques de catastrophe naturelle, notamment en association avec le Centre de coordination pour la prévention des catastrophes naturelles en Amérique centrale (CEPREDENAC).  Elle a cité des projets qui visent à évaluer l’état des sols en vue de prévenir des glissements de terrain.  La prévention des catastrophes et les mécanismes d’alerte précoce permettent de limiter les impacts des changements climatiques.  Elle a noté que la participation des femmes à la vie publique s’était accrue, grâce à un programme municipal qui consacre 5% du budget de la ville à des programmes publics pour la formation et l’intégration des femmes.  Les femmes doivent travailler de concert avec les autorités locales pour faire avancer leur cause, a-t-elle dit avant de conclure.

Mme JACQUELINE ARAYA MONTERO, Coordonnatrice du Comité communautaire d’urgence de Puerto Viejo et promotrice sociale des systèmes ruraux d’approvisionnement en eau à Sarapiqui, au Costa Rica, a décrit le mécanisme d’alerte précoce mis en place dans la région de Sarapiqui.  Il a pour objectif de former les personnes concernées, d’organiser la coordination avec les autorités concernées et d’aider les personnes touchées par des catastrophes, a-t-elle précisé.  Il a également pour objectif de développer une culture de réaction rapide aux catastrophes et de donner plus de pouvoir aux collectivités locales qui y participent, a-t-elle ajouté.  La prochaine étape, a-t-elle indiqué, est le partage d’expériences entre les communautés afin de développer l’influence positive de cette expérience innovante.

M. ALEX BYARUGABA, Membre du Parlement, district d’Isingiro, en Ouganda, a rappelé que les catastrophes ont des conséquences disproportionnées sur les femmes, les enfants et les groupes les plus vulnérables.  Les communautés locales jouent un rôle important dans la planification des mesures de préparation aux catastrophes, au plus près des terrains qu’elles connaissent le mieux.  Dans ce contexte, les autorités doivent, notamment, apprendre à utiliser, préserver et transmettre les connaissances des anciens; et développer les systèmes de financement et d’assurance au niveau local.  Les élus doivent, pour leur part, s’exprimer au nom des populations menacées par les catastrophes, appuyer les activités locales, mieux cibler l’utilisation des ressources, assurer le suivi de l’action du pouvoir exécutif et encourager les activités de formation.

Mme NIKKI KAYE, Ministre de la protection civile de la Nouvelle-Zélande, a assuré que lors du tremblement de terre de Christchurch, en 2011, la mobilisation des communautés locales avait permis de réduire l’impact négatif de la catastrophe, qui avait causé cependant des dommages équivalents à 20% du PIB.  En Nouvelle-Zélande, les autorités locales ont de larges responsabilités en matière de protection civile, a-t-elle dit.  La responsabilité individuelle et l’ « autogestion » en sont les deux principes fondamentaux.  Après le séisme de Christchurch, toute la population a fait preuve d’un engagement spontané, s’est-elle félicitée.  La Ministre a ajouté que la rapidité avec laquelle le redressement a été assuré dépendait aussi des capacités des collectivités.  L’implication de l’ensemble de la population et, en particulier des jeunes, est primordiale pour réduire, à l’avenir, les risques de catastrophe.  À cet égard, la Ministre a estimé que la mobilisation de la population à la fois à travers les médias traditionnels et les réseaux sociaux était une piste à explorer.

M. MARCIO MOURA MOTTA, Secrétaire adjoint à la protection civile de l’État de Rio de Janeiro, Brésil, a fait état d’une grave crise résultant des importantes inondations qui avaient affecté la ville de Rio et toute la région, causant plusieurs dizaines de morts.  À la suite de cette catastrophe, les autorités avaient procédé à une cartographie des zones à risque et installé des postes d’alerte.  Depuis cette date, elles organisent régulièrement des exercices d’évacuation.  Les écoles primaires dispensent un enseignement pratique pour préparer les élèves à mieux réagir en cas d’inondations et de glissements de terrain.

Débat interactif

Au cours de la discussion animée par M. ANDREW BIDNELL, d’InsideOut Consultant Compagny, au Royaume-Uni, plusieurs intervenants ont souligné que le partage d’informations était essentiel.  Mme Araya Montero, du Costa Rica, a rappelé que son pays ne disposait pas d’armée.  C’est pourquoi, la société civile doit réagir rapidement en cas de catastrophe.  Le système de protection est fondé sur l’implication des citoyens vivant dans des zones à risque et sur le renforcement des collectivités locales.  Ces deux conditions doivent être prises en compte dans le nouveau cadre d’action pour la période post-2015.

Un autre intervenant s’est interrogé sur la possibilité d’ériger les catastrophes en violations des droits de l’homme.  Les plus démunis sont les plus susceptibles de souffrir des effets des catastrophes, a fait rappeler un participant.  Par ailleurs, une représentante du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Niger a estimé qu’il faudrait prendre en compte non seulement les bonnes pratiques, mais également les mauvaises pratiques afin d’établir une meilleure évaluation de la situation et de mieux cibler les mesures à prendre.  Le partage d’expériences permet d’éviter à d’autres de commettre les erreurs qui avaient été constatées ailleurs.

Répondant à une question d’une représentante de la Banque mondiale, le membre du Parlement de l’ougandais a souligné que l’implication des communautés locales signifie qu’elles doivent s’approprier les politiques et programmes de réduction des risques.  La participation active des collectivités est donc une nécessité fondamentale, a-t-il dit.

En réponse à une autre question, la Ministre de la protection civile de la Nouvelle-Zélande s’est dite convaincue que la science et la recherche, notamment en matière sismique, sont vitales pour mieux organiser la réponse aux catastrophes.  La Présidente de l’Union des coopératives Las Brumas, pour sa part, a évoqué les leçons apprises au Nicaragua à la suite des souffrances et des dégâts causés par les catastrophes.  Les organisations de femmes ont noué un véritable dialogue avec les autorités du pays en matière de réduction des risques de catastrophe.

Mme VIOLET SHIVUTSE, Directrice et fondatrice de la communauté des travailleurs de santé de Shibuye, du Kenya, a estimé que l’organisation communautaire constituait un outil très puissant, tout en notant que les donateurs ne lui accordent pas la priorité.  Les organisations de femmes, en particulier, réalisent un excellent travail, a-t-elle assuré.  Les partenariats « du bas vers le haut » sont particulièrement efficaces, car ils permettent d’informer les pouvoirs publics sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.  Le cadre d’action post-2015 devrait prendre en compte les réalisations faites au niveau régional.  Le partenariat permet aux citoyens d’être entendus car, a-t-elle rappelé, ils sont les premières victimes des catastrophes.  Elle a souligné que la quatrième session de la Plate-forme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe devrait formuler des recommandations afin de garantir la durabilité des initiatives locales.  Pour réaliser les objectifs de réduction des risques de catastrophe et de développement durable, « il faudrait passer des projets isolés aux programmes durables », a-t-elle insisté.  Au cours d’une récente réunion entre communautés locales, il est apparu que la planification devait être assurée par les collectivités et non pas par une autorité centrale.  « Il faut penser globalement mais agir localement », a-t-elle dit avant de conclure.
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2013/IHA1318.doc.htm

La boucle du Niger dans « la plus grande France »

LE MONDE | 24.05.2013 à 12h40- Hubert Bonin (professeur d’histoire économique à Sciences Po Bordeaux et à l’UMR GRETHA – université Montesquieu-Bordeaux-IV)

L'intervention de la France au Mali pour repousser les forces islamistes n'est que l'illustration la plus récente de son intérêt politique et économique pour la région.
La boucle du Niger séduit les états-majors parisiens depuis plus d’un siècle, l’actualité la plus récente en est une illustration. Si à l’origine des intérêts économiques « impérialistes » inspirent le mouvement militaire, les enjeux géopolitiques dominent, avec « la course à l’Afrique » : dans le sillage du congrès de Berlin (1885), expéditions des géographes et des militaires dessinent la carte des empires français, britannique, belge et allemand.
Parmi les royaumes autochtones a émergé celui de Samory, avec quelques dizaines de milliers de soldats plus ou moins organisés et armés. Entre 1886 et 1889, depuis le Sénégal, le général Gallieni (1849-1916) conquiert le Fouta-Djalon et la Guinée, puis se porte vers le Niger : Bamako (1883) et le Soudan français (Mali), colonie en 1892 ; c’est un succès du parti colonial, qui fédère hommes politiques, hommes d’affaires et cercles de hauts gradés. Samory Touré et 25 000 soldats résistent entre 1892 et 1895 ; après une progression à sauts de puce en 1895-1897, des colonnes attaquent Samory Touré dans les montagnes des Dioulas ; sa sortie dans la savane permet de le capturer en septembre 1898.
Ainsi pacifiée, la boucle du Niger devient un enjeu économique pour le Comité de l’Afrique française créé en 1890 et l’Afrique occidentale française instituée en 1895. Un accord signé en 1898 entre la France et le Royaume-Uni institue une vaste zone de libre-échange dans l’espace du Niger, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire, jusqu’en 1936.
 OFFENSIVE ÉCONOMIQUE
Les maisons de commerce rivalisent : CFAO, SCOA, des dizaines de sociétés individuelles et Le Niger français, la filiale d’un groupe anglais (UAC puis Unilever), installent leurs « factoreries » puis des succursales sur les places d’échanges. Depuis le chemin de fer Dakar-Bamako-Koulikoro à l’ouest (650 km construits par l’armée en territoire malien en 1888-1904) ou par les pistes, les besoins des administrations, des troupes, des colons, des entreprises ou des autochtones dotés d’un pouvoir d’achat suffisant sont satisfaits par ces courants d’importations minimes : le Mali n’est pas « central » dans l’économie ultramarine française !
L’offensive économique prend une autre dimension, utopique ! « La plus grande France », suivant l’idéologie des années 1920-1930, lance un programme de mise en valeur systématique. L’espace de la savane peul et touareg reçoit comme mission de développer son élevage, ce qui conduit à l’installation de stations vétérinaires et à l’arrivée de conseillers : modernisé, il exporte des cuirs et des peaux vers la métropole. Surtout, du Tchad et de la Centrafrique au Mali, on construit un empire du coton français, afin d’alléger la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis ou de l’Egypte.
Un rêve surgit en 1920 : faire de la Haute-Volta et surtout du Haut-Niger un eldorado, de Bamako à Tombouctou, sur un million d’hectares. Des barrages (Sansanding- Markala, construit de 1934 à 1945, large de 1 813 mètres), des lacs de retenue, des canaux d’alimentation, des réseaux d’irrigation, des écluses de régulation, des digues, des fermes produisant du coton, du riz, de la canne à sucre et des produits vivriers sont prévus par un immense programme, qu’on identifie à l’ingénieur hydraulicien Emile Bélime (1883-1969), responsable de l’Office du Niger créé en 1932, qu’il dirige jusqu’en 1944. On mobilise des dizaines de milliers de Noirs dans les savanes de l’est, surtout dans le cadre du paiement en nature de l’impôt individuel ou familial, du travail forcé, ou grâce à des campagnes auprès de volontaires, surtout dans le pays mossi.
COOPÉRATION
De la Guinée à Ségou et, plus en aval, entre Mopti et Tombouctou, se multiplient les zones irriguées, le long du fleuve, avec des sociétés privées ; 6 000 colons s’installent autour de Bamako et du canal de la Sotuba. Au milieu, entre Sansanding et Mopti, le « delta central nigérien » (des marigots correspondant à d’anciens lits du Niger) devient un territoire de colonisation publique. Des dizaines de milliers de Noirs pourraient s’y implanter et devenir des colons agricoles, en reproduisant le modèle de la « France des petits paysans », ce qui conduit à l’installation de 5 000 colons en 1944, qui sont 42 000 en 1961. La réalité de « l’or blanc » cotonnier est sombre : beaucoup de Noirs retournent chez eux, car le travail est dur, le paludisme règne, les ressources vivrières manquent.
Les travaux se déploient dans les années 1930, reprennent après la guerre avec l’argent du plan Marshall et du Fonds d’investissement pour le développement économique et social (Fides). Des fermes de petits paysans et des fermes mécanisées avec des salariés se côtoient. On réduit la voilure à 180 000 puis 100 000 hectares et, en 1960, seuls 35 000 hectares sont en culture… Nombre d’entreprises privées françaises (BTP, fabricants d’équipements, de ciment, puis de camions et tracteurs) sont associées au processus. Plus à l’ouest (Kita) et au sud (de Fana à Sikasso), le monde du coton-graine brille.
A l’indépendance, on repart sur de nouvelles bases : coopération avec la France et l’Europe, mais aussi avec la Chine (pour des usines textiles) et l’URSS, économie socialisante pendant vingt ans (hors zone franc jusqu’en 1967), sociétés d’Etat pour le commerce extérieur (Somiex) et pour la mise en valeur agricole. La Compagnie française pour le développement des fibres textiles (1949) est le partenaire technique de l’Office du Niger (10 000 paysans en régie, 30 000 en fermage) au sein d’une « Françafrique » de coopération, en direct puis par la société mixte Compagnie malienne des textiles (1974), d’où le bond des exportations de coton (41 000 tonnes en 1975).
LIBÉRALISATION
Le Mali est entraîné par le mouvement de libéralisation et de privatisation prônées par la Banque mondiale dans les années 1990. Les réseaux d’irrigation se détériorent faute d’entretien de la part d’un secteur public mal géré. Hors des structures étatiques, nombre de Maliens assimilent une sorte d’esprit d’entreprise agricole et marchand ; ils s’approprient l’irrigation à modeste échelle ; le riz l’emporte sur le coton dans la boucle du Niger, et des cultures vivrières, comme le maraîchage, les oignons se développent, ce qui alimente les circuits des marchands Diaoula.
Loin des schémas planificateurs, « le progrès » se diffuse de façon large et discrète, avec 630 000 exploitations familiales et une forte filière coton (600 000 tonnes en 2006). Cette prospérité (relative) explique le rebond de la CFAO (seule survivante), qui s’est recyclée dans le négoce technique (véhicules, équipements) et la percée de sociétés de commerce privées. Si le Mali connaît des taux de croissance élevés, il n’est pas une chasse gardée des intérêts économiques français.
Hubert Bonin (professeur d’histoire économique à Sciences Po Bordeaux et à l’UMR GRETHA – université Montesquieu-Bordeaux-IV),http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2013/05/24/la-boucle-du-niger-dans-la-plus-grande-france_3416887_3234.html


Chronologie

1815 Congrès de Vienne : le domaine colonial français se réduit à la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, Saint-Pierre et Miquelon, la Guyane, les cinq comptoirs de l’Inde, Saint-Louis et Gorée (Sénégal).
1854-1865 Le général Faidherbe nommé gouverneur de Saint-Louis du Sénégal en 1854 (comptoir fondé en 1659) établit la France au Sénégal.
26 février 1885 La Conférence de Berlin partage l’Afrique entre puissances européennes.
1894 Création du ministère des colonies.
16 juin 1895 Création de l’Afrique occidentale française (AOF) sous la direction d’un gouverneur général.
29 septembre 1898 Samory Touré qui avait conquis un vaste territoire dans la boucle du Niger est capturé par le capitaine Gouraud et meurt en 1900.
15 janvier 1910 Création de l’Afrique équatoriale française (AEF).
30 janvier-5 mars 1944 Conférence de Brazzaville. De Gaulle annonce la représentation des peuples coloniaux au Parlement. Création d’Assemblées locales.
Janvier 1959 La Fédération du Mali formée des anciens territoires français du Sénégal et du Soudan ne tient que quelques mois.
1960 Togo, Mali, Congo belge, Madagascar, Dahomey, Niger, Haute-Volta, Côte d’Ivoire, Tchad, République Centrafricaine, Congo, Gabon, Sénégal, Mauritanie accèdent successivement à l’indépendance.

La France et les djihadistes cohabiteront-ils longtemps dans le Sahel ?

C’est une question que se posent le commun des Sahéliens mais également les visiteurs ou simplement les téléspectateurs lointains qui s’intéressent à l’actualité touchant à cette région du monde. C’est aussi la question qui taraude les esprits des décideurs de la CEDEAO et des bandits qui sévissent au Sahel, depuis que l’opération SERVAL les contraint à clarifier leurs liens.
C’est une question que se posent le commun des Sahéliens mais également les visiteurs ou simplement les téléspectateurs lointains qui s’intéressent à l’actualité touchant à cette région du monde. C’est aussi la question qui taraude les esprits des décideurs de la CEDEAO et des bandits qui sévissent au Sahel, depuis que par l’opération SERVAL les contraint à clarifier leurs liens.
Par la voie de leurs seigneurs de guerre, arborant comme raison une Fatwa contre ce qu’ils appellent par défaut les intérêts français, les hordes de bandits sous des idéologies de djihadistes ont lancé la guerre de guérilla dont les objectifs finaux bien qu’ambigus visent comme cible essentiels les intérêts de la France. La déclaration du Président de la République française en réplique à celle de ces djihadistes, annonce que la guerre est déclarée et une distinction claire et subtile doit être faite entre l’intervention qui a lieu au Mali et la réalité d’une nouvelle guerre, qui se fera désormais au-delà des frontières maliennes. La guerre de guérilla en cours est aussi un produit de marketing, le fameux « 2 en 1 » pour une éradication du « djihadisme- business ». Ce qui reste à déterminer est le temps car c’est lui qui expliquera les coûts croisés de cette guerre.
DU COLONEL TRINQUIER EN VUE ?
La prolongation de cette guerre malienne sous forme de la guerre de guérilla entre la France et Acqmi est circonscrite par une appellation « la guerre du sahel » dont les limites flottent comme un mirage. En effet, elles semblent tantôt englober le Tchad, tantôt les susceptibles mouvements des djihadistes donne l’impression qu’elles couvrent tous les espaces ayant un climat sahélien (Burkina, Nord Togo, Nord Bénin, Nord Nigeria) ou encore se limiter uniquement à l’ensemble de l’espace CEDEAO. Ce flottement du terrain présage les difficultés à venir mais donne également à comprendre les nouveaux enjeux politiques qui se dessinent en Afrique de l’Ouest. Les alliances tactiques ou stratégiques qui sous-entendent cette guerre traduisent clairement, combien cette guerre de guérilla en terme relative peut être longue. Mais avant d’expliquer cela rappelons :
LE SYNDROME DES OTAGES DE L’AMBASSADE AMERICAINE A TEHERAN
Ce que nous entendons par ce syndrome ce sont les comportements qui sont lier aux actes terroristes, qui sont, comme nous le savons très rarement les fruits du hasard et leur mise en œuvre ne sont jamais un secret, pour peu qu’on sait écouter et interpréter les paroles et faits des terroristes en se mettant à leur place.
Au début du mois de novembre 1980, lorsque les étudiants islamistes ont pris en otage les fonctionnaires de l’ambassade américaine à Téhéran, ce n’était pas par surprise car pendant des semaines auparavant ces étudiants s’amassaient devant l’ambassade et disaient déjà ce qu’ils projetaient de faire, parfois de manière claire à travers les gestes, parfois dans les dialectes, pourtant connues par les fonctionnaires. Ce qui avait été la faiblesse de l’ambassade était la sous-estimation du milieu qui leur était devenu hostile. Il en est de même des attentats depuis l’époque « des fous de Dieu » Bref ! Ce mode opératoire n’a pas changé fondamentalement chez les terroristes car, avant d’agir, Ils annoncent toujours leurs intentions et même de façon précise dans le but d’intimider et de semer la psychose. Aujourd’hui, ils parlent des intérêts français comme ils parlaient des intérêts américains à une certaine époque. Il s’agit de ces intérêts et non des intérêts occidentaux. Il y a certes des effets collatéraux, mais la population cible est bien définie. Mais la psychose est telle que la menace est pressentie comme générale et peut entrainer des réponses disproportionnées voire peu efficaces. Ce sont probablement ces choses qui feront que la guérilla terroristes du Sahel risque de ressembler en terme très relatif à celle d’Afghanistan.
Ainsi, si nous nous tenons à la ire des djihadistes, on peut dire qu’ils vont s’attaquer sans répit aux supposés intérêts de la France. Mais où se trouvent ces dits intérêts français dans le Sahel ? La réponse la plus évidente est le Niger, ce sombre voisin du Mali, qui par la production de son uranium pèse sur l’énergie française dans la mesure où cette production représente près de 40% de l’approvisionnement d’AREVA et fourni le 1/3 des centrales nucléaires en France. C’est une donnée essentielle qui fait du Niger un point sensible dans l’œil terroriste d’Aqmi & Co.
LES ALLIANCES TACTIQUES ET LES ALLIANCES STRATEGIQUES.
Souvent les alliances tactiques sont des moyens sur le court terme sinon des moyens qui servent à consolider les alliances stratégiques qui visent la finalité, la réalisation d’un objectif, le long terme.
La France a bien évidemment dans cette guerre de guérilla au Sahel, la capacité de réaction pour protéger ses intérêts car elle a des troupes au Mali et dispose des forces au Tchad ainsi que d’un bon relais au Cameroun. Mais, ces 2 voisins souverains du Niger, situés en Afrique centrale, ont leurs propres agendas et ne sauraient apporter un soutien continu sans exciter les velléités de leurs oppositions intérieures. Ils ne constituent donc dans cette guerre que des forces d’appoint dont l’action principale est de servir à l’intimidation locale et aux renseignements. Le rôle de ces pays est de produire un effet tentaculaire de la France en Afrique comme Aqmi aussi sait être tentaculaire en se déployant à travers les réseaux des confréries musulmanes. Aqmi le fait en ravivant les anciennes méthodes de persuasion et de suggestion qui ont fait école dans les conquêtes islamiques en Afrique noire. Le choix et l’entrée des terroristes à Tombouctou et à Gao s’est fait dans cette vue même si son interprétation politique est réduite à la visée revendicative de MNLA axée sur l’AZWAD.
Réalisme
A propos des intérêts dits français au Niger, il faut savoir qu’objectivement AREVA pèsent autant pour la France que pour le Niger et qu’il n’y a plus de limite entre les intérêts français à travers AREVA et les intérêts proprement nigériens, dans la mesure où AREVA est l’épine dorsale de la vie sociale et économique du Niger. Les arguments syndicaux et commerciaux du genre : AREVA achète l’uranium du Niger 40% moins cher que le prix du marché, n’épargneront pas une attaque des islamistes et donc des vies nigériennes. Le Niger est tenu de soutenir DISTINCTEMENT la France et AREVA et cette position n’est pas simplement une question de nuance mais de raison. Pour le Niger la France est un Etat allié mais AREVA est aussi un « Etat dans l’Etat ». La France ne peut pas intervenir directement, à la fois au Niger et au Mali sans affronter nombre de tracas au plan international, mais AREVA, face à l’état d’urgence, peut assurer le soutien logistique au Niger en faisant bonne économie des tracasseries juridico-administratives de la communauté internationale.
La France en intervenant directement et en même temps au Mali et au Niger prêtait le flanc à une opinion qui conforterait les islamistes en suscitant involontairement des sentiments anti français dans les couches populaires et pousser à la déstabilisation des régimes actuelle ce qui repousserait les projets de stabilisation des institutions et ferait perdurer le désordre. Le Niger doit, au nom de ces propres intérêts nationaux, concentrer toutes ces forces rapidement et sans ambiguïté dans la défense des sites d’AREVA et de laisser la CEDEAO dans s’occuper avec la France des pourparlers pour la mise en place des forces.
Dans la perspective actuelle où les traités bilatéraux de défense ne suffisent plus pour justifier l’intervention française, contourner les difficultés liées aux exigences internationales pour agir très vite, suppose de recourir à une force comme le MNLA, qui est, pour le moment, incontournable. Pourquoi ?
  1. Le rôle joué par le MNLA dans la défaite et la débâcle des djihadistes au Nord du Mali, n’a pas été qu’un rôle de catalyseur comme on peut le croire. Leur connaissance parfaite du terrain, des réseaux djihadistes et des leaders a servi à disloquer les stratégies d’implantation des terroristes et permis aux diverses forces d’intervention (tchadiennes et françaises de faire un boulot appréciable).
  2. Pris ensemble, les groupuscules qui composent le mouvement djihadistes dans le Sahel ont un rapport de forces militaire et humain supérieur ou égal face aux armées de certains Etats de l’ex AOF dont le Niger et le Mali, pour ne citer que ceux-là. Par ailleurs, ces deux Etats sont malheureusement endigués par les processus de mutations politiques et économiques qui donnent des arguments aux terroristes et font craindre régulièrement des soulèvements populaires.
  3. Le MNLA, sans avoir la prérogative d’un Etat, contrôle un territoire. Sa nature de mouvement rebelle est, à tout point de vue, une flexibilité dans les dispositifs d’intervention de toute nature. Un Etat peut solliciter leur concours pour agir. Le MNLA est devenue pour la circonstance un allié tactique et stratégique, car un maillon à la fois pour le Niger, la France et les djihadistes.
  4. Il est donc clair que le Niger doit avaler la couleuvre qui consiste à considérer le MNLA comme un allié et s’appuyer sur lui pour combattre les terroriste djihadistes en leur coupant la retraite. Ce real politik, va déménager dans les coulisses les relations politiques entre Bamako et Niamey mais aussi le Burkina dont l’affinité du régime avec le MNLA n’est pas méconnue. Le MNLA est devenu une pièce importante des enjeux politiques dans la guerre du Sahel.
Cette complexité situationnelle est de la politique en ce sens qu’elle place la raison au-dessus de l’infantilisme, c’est-à-dire de l’affectif. La raison est une vision, donc contrairement au sens commun, elle est en politique la chose la moins partagée que parfois, il faut comme Prométhée, savoir jouer avec les dieux pour avoir sa part de raison.
Questions réponses.
  1. La France a-t-elle peur ? Non ! même pas un peu. Elle a même l’air amusé.
  2. AREVA a-t-elle peur ? Non.
  3. Le pouvoir malien a-t-il peur ? Oui ! il tremble. Il est perturbé et c’est le bon moment de lui demander tout y compris l’AZAWAD mais les Touaregs ne sont pas Prométhée.
  4. Le Niger a-t-il peur ? Oui. Il est tétanisé par l’idée que ne se réveille des anciennes rébellions et du banditisme des Dawsak, alliés permanents du MNLA.
  5. Le MNLA a-t-il peur ? Non. Bien que serein en apparence, il est excité. En réalité, le MNLA n’est pas suffisamment étoffé. Il est détesté par les arabes et les Touaregs noirs de Gao et de Meneka qui en milieu rural lui préfère majoritairement le MUJAO.
  6. Les terroristes ont-ils peur ? Oui, car ils sont dans une nasse et leurs alliances sont volatiles. De plus en plus ils sont fragilisés par les défaites (ils n’ont plus de territoire).
Ces questions/réponses indiquent le schéma des alliances et leur caractère tactique ou stratégique. Enfin, la guerre du sahel est partie pour durer car elle est la version de la guerre afghane avec cette nuance que la guerre Afghane met en première ligne les intérêts américains et la guerre du Sahel porte au front les intérêts français. Quant à l’issue de la guerre, elle est certaine : la défaite des djihadiste mais combien de temps faut-il et pour quelle mutation ? Voilà les questions qui en valent la peine.
Khobet,http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-france-et-les-djihadistes-136356

A la Une : le dialogue avec le MNLA

La presse malienne est au mieux dubitative après la décision du président par intérim, Dioncounda Traoré, de nommer Tiébilé Dramé conseiller spécial chargé d’engager des contacts avec les groupes armés du Nord. Président du Parti pour la renaissance nationale(PARENA), ancien ministre, Tiébilé Dramé a mission de négocier pour que les élections puissent se tenir à Kidal où sont installés les rebelles du MNLA.
Pour Le Procès-verbal, « en décidant de nommer un émissaire pour tenter de sortir de l’impasse avant les élections, Dioncounda envoie un signal, le premier, que l’Etat malien veut s’investir dans le règlement pacifique de la question touarègue au Nord. Dramé va devoir trouver un compromis avec le MNLA qui refuse le retour de l’administration et de l’armée malienne à Kidal. »
En outre, relève encore Le Procès-verbal, « la présidence malienne souhaite que son émissaire devienne l’interlocuteur des initiatives diplomatiques menées par les multiples médiations régionales et internationales. Le président malien entend obtenir que les médiations de la CEDEAO, de l’Union africaine ou des Nations unies n’opèrent plus chacune dans leur coin mais en synergie avec Dramé. »
Alors, « reste maintenant à mettre ce dialogue en œuvre et le moins que l’on puisse dire est que cela n’est pas gagné d’avance, estime L’Indépendant, autre périodique malien. Le premier écueil à surmonter sera la question de savoir si le MNLA acceptera de déposer l’arme au vestiaire avant de prendre place autour de la table des négociations ou si, au contraire, il s’y installera le doigt posé sur la gâchette. Le résultat sera différent, selon l’un ou l’autre cas. Le second obstacle, qui ne manquera pas de surgir, relève encore L’Indépendant, sera la définition du champ d’application des négociations. A l’évidence, dans l’esprit du président intérimaire, celui-ci se limite à la seule région de Kidal », alors que le MNLA, lui, « parle de “l’Azawad” qui, dans son discours et dans son entendement, recouvre les trois régions du Nord Mali, y compris Gao et Tombouctou, même s’il n’y a jamais contrôlé un arpent de sable. »
Enfin, autre grain de sable et non des moindres, note L’Indépendant, « les deux parties sont loin de partager la même vision de ce qui pourrait résulter d’éventuelles discussions. Dioncounda pense qu’une décentralisation plus hardie, concédant de plus larges prérogatives et des moyens accrus aux autorités locales est la clé pour stabiliser la région de Kidal et la réconcilier avec le reste du pays. Le MNLA voit plus loin. A défaut de l’indépendance dont il a dû faire son deuil face à la fin de non recevoir vigoureusement opposée par la communauté internationale, il réclame “un statut juridique spécial” qui renvoie à l’autonomie.»
Mauvaise foi ?
Plus radical, le journal L’Aube, estime pour sa part que ces négociations sont vouées à l’échec, avant même d’avoir commencé… « Après tous ces signaux forts des autorités maliennes, écrit-il, les responsables du MNLA n’ont pas encore posé un acte prouvant leur attachement à la République. Pis, ils continuent de harceler les Maliens et la communauté internationale avec leur histoire d’“Azawad” dont ils sont les seuls à en savoir les origines. Ce qui démontre la mauvaise foi de ce mouvement, s’exclame L’Aube. Une mauvaise foi qui ne date pas d’aujourd’hui. Le MNLA est connu pour ses tromperies et ses voltefaces spectaculaires. »
L’Indicateur Renouveau hausse encore le ton et s’en prend tout à la fois au MNLA et au président par intérim… « Le pas a été franchi par le président Dioncounda, qui a capitulé de manière honteuse face aux pressions de la France, et contre la volonté de son peuple, martèle le journal. En choisissant la voie du dialogue avec ceux qui ont tué impunément, sans consulter le peuple malien, Dioncounda Traoré confirme qu’il n’est pas un président digne des Maliens qui, dans leur majorité, ont dit “non” à tout dialogue et réconciliation avant la justice. » Bref, résume L’Indicateur Renouveau, « toute négociation consacre l’humiliation pour le Mali. Car, elle traduit la volonté de travestir la nature de la rébellion armée conduite par un groupuscule minoritaire en la présentant comme un conflit opposant les populations du Nord du Mali à celles du Sud. (…) Le peuple malien est donc interpellé, conclut L’Indicateur. Face à l’option imposée par Dioncounda, il a le devoir d’opposer le sentiment de refus. Et il doit le faire savoir. »

http://www.rfi.fr/emission/20130521-une-le-dialogue-le-mnla

Bamako se résout à négocier avec les Touaregs



Le ministre des Affaires étrangères malien, Tieman Coulibaly, et le commissaire européen, Andris Piebalgs, signent un accord entre l'Europe et le Mali en présence de Dioncounda Traoré, José Manuel Barrosoet François Hollande, le 15 mai à Bruxelles. Crédits photo : THIERRY CHARLIER/AFP

Le sort de Kidal, pour l'heure sous contrôle des rebelles du MNLA, doit être tranché avant l'organisation de la présidentielle.
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La réunion des bailleurs de fonds pour le Mali, le 15 mai à Bruxelles, s'étant achevée sur un succès, l'urgence est maintenant de boucler au plus vite le processus politique. «Il faut organiser un vote pour donner au pays un gouvernement légitime», souligne un diplomate. L'objectif principal est de remplacer le président par intérim Dioncounda Traoré, installé en catastrophe, après le coup d'État du 22 mars 2012.

Dioncounda Traoré s'est engagé à plusieurs reprises à appeler aux urnes au mois de juillet. La date officielle a été fixée au 28. Un choix que beaucoup jugent optimiste. Les difficultés logistiques, de l'impression des cartes d'électeurs à la mise en place du matériel électoral, sont énormes. «C'est faisable avec de l'organisation», assure un haut fonctionnaire de l'ONU.

Le vrai problème se trouve dans les séquelles de la guerre, à Kidal. Cette ville de l'extrême nord du pays, un temps occupée par les islamistes, est passée en février sous le contrôle armé de Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Ce groupe rebelle touareg a toujours été hostile aux djihadistes mais revendique l'indépendance de l'Azawad, le nord du Mali, à la grande colère de Bamako.

Paris a bien pris soin jusqu'à présent de ne pas prendre parti dans ce conflit entre les Touaregs et le gouvernement central, opposition qui plonge ses racines dans une défiance mutuelle bien plus vieille que le Mali. L'armée française n'entretient qu'une présence minimale à Kidal. Les soldats maliens, chassés de la ville en janvier 2012 par le MNLA, en sont toujours absents, tout comme l'administration. Or, sans le retour au moins des fonctionnaires le déroulement d'une élection est impossible. «Cela entraînerait le report du vote dans tout le pays», reconnaît-on à l'Élysée et à Bamako.



Alors que Bamako entend séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps. « Pour nous la priorité est le statut de l'Azawad », martèle Moussa Ag Acharatoumane

La solution de la force a été écartée. L'hostilité entre militaires maliens et MNLA est telle que toute tentative de reprise conduirait à une lutte sanglante. Reste donc la négociation. Cette semaine, Touaregs et gouvernement se sont dits prêts à ouvrir un dialogue sous le contrôle de Blaise Compaoré, le président burkinabé. Dans les jours prochains, une délégation touareg conduite par Bilal ag Achérif, le chef du MNLA, devrait se rendre à Ouagadougou. De son côté, Bamako a nommé vendredi Tiébilé Dramé, un homme politique malien, comme négociateur. Les positions des uns et des autres restent très éloignées.

Jeudi, Dioncounda Traoré, a ainsi répété son hostilité à toute autonomie, pensant qu'un «processus de décentralisation» est suffisant. «Un statut précis pour l'Azawad, comme une autonomie est le minimum», souligne Moussa Ag Acharatoumane, un proche de Bilal Ag Achérif. Autre point de friction: le sort des combattants du MNLA. Bamako demande le désarmement des miliciens, une option dont ne veut pas entendre parler le MNLA. Même le calendrier pose une difficulté. Alors que Bamako entend séparer les choses pour reporter les négociations sur le fond à après les élections, le MNLA veut prendre son temps. «Pour nous la priorité est le statut de l'Azawad», martèle Moussa Ag Acharatoumane.

Dans la réalité, la position des uns et des autres pourrait être plus nuancées et d'autres négociations, plus discrètes, devraient se tenir dans les jours à venir. «Le MNLA sait que sa carte maîtresse tient à sa capacité à bloquer l'élection mais il sait aussi qu'il n'est plus en position de force militaire», souligne un bon connaisseur du dossier. Paris et l'ONU tentent donc de rapprocher les points de vue et de dessiner une issue. «Nous sommes prêts à accompagner l'administration civile malienne à Kidal», a expliqué François Hollande. En claire, l'armée française assurerait, en accord avec le MNLA, la protection des fonctionnaires maliens pendant l'élection. L'armée malienne, elle, resterait pour un temps encore loin de Kidal. «C'est une possibilité mais rien n'est fait», assure un haut responsable français.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/17/01003-20130517ARTFIG00705-bamako-se-resout-a-negocier-avec-les-touaregs.php

Ténéré Show: A voir absolument!


Mali - Richard Zink (UE) : "La question du MNLA est politique, il faut la traiter politiquement"


Réconciliation nationale, reconstruction, développement, élections... Avant de prendre son vol pour Bruxelles, où il devait participer à une importante conférence de bailleurs internationaux, le 15 mai, l’ambassadeur de l’Union Européenne au Mali, Richard Zink, nous a livré son analyse de la situation dans le pays. Interview.

Jeune Afrique : Qu’est-ce la conférence sur l'aide au Mali, le 15 mai à Bruxelles, doit aborder en priorité ?
Richard Zink : D’abord, les autorités maliennes exposeront leurs plans de reconstruction du pays. L’UE donnera 15 millions d’euros pour le financement des élections et 2 autres pour la mobilisation des électeurs. Il y aura aussi des financements de programmes d’adduction d’eau et l’appui à la décentralisation. On parlera aussi de la reconstruction de la route Goma-Coura Tombouctou, arrêtée à cause de la crise et nous sommes prêts à les reprendre.
Nous sommes en contact avec l’Algérie, la Banque africaine de développement (BAD), etc…  pour financer la route Gao – Bourem – Kidal – frontière algérienne. Et les Algériens sont en train de travailler sur la route Tamanrasset - frontière malienne. Si nous arrivons à réaliser ce projet, nous aurons réussi à réaliser un rêve qui date des années 1930, qui est de relier la mer méditerranée à l’Océan Atlantique [à travers le Sahara, NDLR].

Que se passera-t-il si l’armée malienne prenait le contrôle de Kidal avant l’ouverture du dialogue ?
C’est un très mauvais scenario qui aggravera certainement la crise. Si les troupes françaises et tchadiennes sont dans la région de Kidal, ce n’est pas pour protéger les séparatistes, mais l’intégrité du Mali menacée par les jihadistes. Il faut une solution politique sur la base de discussions. Je suis convaincu qu’un compromis sera trouvé.
Avec cette crise, on s’est rendu compte que l’armée était très faible, et pas par la faute des Touaregs ou du MNLA.

Mais les autorités maliennes accusent le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) d’être le cheval de Troie des djihadistes qui ont attaqué le pays...
Si le MNLA n’est pas le seul problème du Mali, c’est une question politique qu’il faut traiter politiquement. Avec cette crise, on s’est rendu compte que l’armée était très faible, et pas par la faute des Touaregs ou du MNLA. Depuis 15 ans, il y a eu beaucoup de prises d’otage, de trafic de drogue, mais aucune condamnation par un tribunal… Tous ces facteurs ont contribué à la crise.

Les leaders des groupes touaregs armés demandent une large autonomie de l’Azawad. Pensez vous que c’est une solution ?
Si cela convient aux Maliens, nous la soutiendrons. Il y a aussi la décentralisation. Nous voulons que les Maliens trouvent leur modèle, pour rétablir l’harmonie en évitant les frustrations qui peuvent créer d’autres problèmes. En tout cas pour la stabilisation et le progrès, il faut l’unité, la paix et le développement économique.

Pensez-vous qu’il sera possible de tenir les élections à Kidal sans la présence de l’armée malienne ?
Cette question fait partie des points en discussion. Mais c’est la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui organise les élections, pas l’armée. L’essentiel, c’est que le scrutin ait lieu partout au Mali.

Pensez-vous que les électeurs qui soutiennent l'indépendance de l'Azawad se rendront aux urnes avant le dialogue ?
Le processus de dialogue prendra deux ans, et peut être même plus. Il faut des autorités crédibles et légitimes pour y participer, c’est pour ça que ces élections sont très importantes en ce moment. Attendre que le dernier refugié soit rentré et que le dialogue soit clos, ce serait vraiment jouer avec le feu.
________
Propos recueillis par Baba Ahmed, à Bamako


« Guerre au Mali »… de quelle guerre parle t-on ?…

Il y a de fortes probabilités pour que dans dans les jours (ou même les heures) qui viennent, la guerre reprenne autour de Kidal. Aux infos de France-Culture ce midi, on a réutilisé le terme de « guerre au Mali »… de quelle guerre parle t-on ?Ce qu’on a appelé la « guerre au Mali » (de janvier à avril 2013) n’était qu’une « guerre dans la guerre », un sur-conflit rajouté au conflit initial, qui est beaucoup plus ancien. La tension historique entre Nord et Sud du Mali qui dure maintenant depuis plus de 50 ans, depuis la décolonisation, avait pris, une fois de plus, une tournure extrêmement violente par le déclenchement début 2012 d’une quatrième rébellion au Nord-Mali. Et puis, en plein milieu de cette rébellion, un nouvel élément est apparu de façon assez prévisible : l’irruption des groupes salafistes – Aqmi, Mujao, Ansar ed-Dine –, groupes armés qui, par leur puissance militaire et financière, débordent rapidement le MNLA et finissent par le supplanter il y a environ un an. C’est contre eux que la France est intervenue ces derniers mois.
Il y a donc, au beau milieu de cette quatrième guerre entre Nord et Sud du Mali, un épisode parasitaire qui s’installe en janvier 2013 : la guerre entre une force islamiste radicale et une force internationale, toutes deux n’ayant quasiment rien à voir avec le conflit initial. C’est cette guerre-là, cette « guerre dans la guerre », qu’ont rapporté nos médias, mais ils ont un peu oublié de comprendre d’où elle venait… En faisant à l’époque (ce printemps) l’amalgame entre combattants indépendantistes locaux et djihadistes (le plus souvent étrangers à la région), ils ont considérablement contribué à brouiller la compréhension des événements en cours.
Il n’y a pas eu « internationalisation du conflit », contrairement à ce qu’on pu dire. Il y a eu superposition temporaire de deux conflits distincts, l’un, très ancien, interne au Mali, entre combattants du Nord et gouvernement, et l’autre externe, entre une internationale djihadiste radicale et des armées étrangères, qui est venu temporairement se greffer sur le premier. Une fois les djihadistes désorganisés et les forces françaises parties, alors les deux belligérants initiaux, l’armée nationale et les combattants indépendantistes, se retrouvent inévitablement face à face. Or rien n’étant réglé concernant les causes premières du problème, la guerre va inévitablement reprendre. Sauf si, de part et d’autre, les bonnes volontés et l’humanité qui est en chacun l’emportent sur les calculs politiques individuels. Ou sauf si la force onusienne d’interposition a pour mission de s’interposer en toute neutralité, mais ça n’en prend pas le chemin puisqu’apparemment les troupes tchadiennes convergent elles aussi vers Kidal.
Je ne peux pas prédire l’avenir mais j’ai peur qu’un sentiment de revanche s’empare du Sud – il est déjà visible dans l’opinion de la rue, à Bamako ou sur les réseaux sociaux – et, qu’une fois encore, la violence aveugle l’emporte sur la compréhension mutuelle. Si la force internationale onusienne prend parti, que ce soit à cause d’une mission mal définie, mal préparée ou par engagement pour un camp contre l’autre, la situation au Nord va vite devenir encore plus difficile pour des populations nomades déjà durement touchées par la guerre en cours.
Mais il ne faut pas se leurrer ni se bercer d’illusions : c’est de Paris que viendra la solution. Selon ce que Paris voudra ou pas, la solution sera politique ou militaire. Elle sera pacifique ou meurtrière. D’ailleurs l’attitude générale chez les combattants du Nord est de considérer que, puisque c’est la France qui est depuis 50 ans responsable du problème initial – en ayant refusé en 1958 l’autonomie du Nord et en ayant contraint des populations qui ne le souhaitaient pas à cohabiter avec d’autres dans une nation artificielle -, c’est à elle de clore définitivement la question. C’est donc le choix de Paris qui s’imposera. Il ouvrira un nouvel espoir ou apportera une plus grande souffrance, on le saura bientôt.
Il y a eu dès janvier un consensus entre les combattants (MNLA, MIA), Paris et Bamako pour empêcher l’armée nationale d’entrer dans Kidal, alors qu’à Gao ou à Tombouctou elle avait été en première ligne pour reprendre la ville, sitôt les raids aériens terminés. A ce jour, pas un seul soldat malien n’est entré dans Kidal. Ni les combattants, qui avaient annoncé qu’ils ne laisseraient jamais reprendre Kidal sans combattre, ni Paris, qui avait besoin de Kidal et de Tessalit pacifiées comme bases arrières pour ses opérations dans le massif du Tegharghar, ne pouvaient tolérer la présence de l’armée dans la région. A partir de là la situation devenait très compliquée pour Bamako, qui n’a jamais réussi à tenir un discours de vérité à son opinion publique. Alors que la rue bamakoise ne comprend pas pourquoi Kidal n’est toujours pas réoccupée, commençant même à laisser enfler une rumeur de « coalition entre Blancs » conduite par Paris au détriment du Mali – le héros libérateur d’hier devenant d’un coup le traître – le pouvoir s’empêtre dans toutes sortes d’explications maladroites, la dernière en date étant que l’armée n’est pas suffisamment préparée pour participer à de telles opérations.
L’histoire du Nord-Mali est ignorée par la plupart des gens au Sud, y compris parmi mes amis les plus proches. Si cette histoire, qui est pourtant une histoire nationale commune à tous les Maliens, avait été expliquée, partagée, racontée, et si les hommes s’étaient parlé au lieu de s’entre-déchirer, on n’en serait pas là. Au lieu de tenir des langages de vérité, certains politiques bamakois ont joué des clivages pour radicaliser chaque camp, au lieu de chercher à les rapprocher. Leur carrière valait-elle tout ce sang inutilement versé ?
Bien sûr, il fallait arrêter la folie extrémiste et restaurer la paix et la confiance entre les communautés, mais depuis le premier jour de cette guerre il était évident que sans une gestion politique, volontaire et transparente, de la « question du Nord » posée depuis plus d’un demi-siècle, les victoires militaires ne seraient que des coups d’épée dans l’eau, sans aucune autre portée que momentanée. Si dans les jours ou les semaines qui viennent, le conflit entre Bamako et le Nord gagne en intensité et redevient une guerre ouverte, alors le risque est grand qu’un chaos plus grand encore s’installe, pour une période beaucoup plus longue et sur un espace beaucoup plus vaste. Et si les forces africaines présentes sur place ne s’interposent pas – ou pire, participent directement aux combats – il y a de fortes chances pour que des groupes armés venus de pays voisins (Niger, Libye, Algérie…) viennent prendre fait et cause pour le Nord-Mali. Et ce n’est alors plus le Mali seul qui brûle, mais toute une région du globe.

Alain Brégy, fondateur de Kidal-Info, facebook

Des réfugiés touaregs au Niger mènent leur bétail en lieu sûr

INTIKANE, Niger, 7 mai (HCR) – La longue colonne d’animaux, flanquée d’hommes perchés sur leur selle, se dirige vers l’est en direction de nouveaux pâturages à une allure régulière, soulevant des nuages de poussière sur leur passage.
Cela peut ressembler à une scène de Western, mais ce drame se joue à des milliers de kms de l’autre côté de l’océan, au Niger, en Afrique de l’ouest. La distribution comprend 800 animaux, des nomades touaregs originaires du Mali et l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.
Fin avril, la caravane, composée de chameaux, de bétail, d’ânes, de chèvres, de moutons et de trois chevaux, a quitté le site de réfugiés d’Agando, situé à 10 kms environ de la frontière avec le Mali, pour un périple de trois jours vers Intikane, une vaste région où les Touaregs pourront vivre dans un espace ouvert et mener leur style de vie nomade traditionnel en toute sécurité.
© HCR/B.Ntwari
Des nomades touaregs originaires du Mali se dirigent vers l’est à dos de chameaux pour mener leur bétail au Niger.
L’ensemble des 8 000 réfugiés d’Agando et du village voisin de Chinourawen ont fui vers l’ouest du Niger avec leurs animaux pour échapper aux combats qui ont éclaté au Nord Mali début 2012 ou en raison de l’insécurité constante ou par crainte des représailles depuis janvier 2013, date à laquelle une contre-attaque dirigée par les forces françaises a repoussé les forces rebelles.
La décision du gouvernement du Niger de déplacer les Touaregs vers Intikane a été motivée par des raisons de sécurité : Agando est situé à seulement 10 kms de la frontière, dans une région qui demeure instable. C’est aussi un moyen de leur permettre de mener une vie plus normale.
« Aider les réfugiés à déplacer leurs animaux leur permettra de maintenir leurs moyens de subsistance et de continuer à vivre comme des pasteurs et des nomades plutôt que de finir dans un camp de réfugiés à dépendre d’une aide extérieure », fait remarquer Karl Steinacker, Représentant du HCR au Niger.
Les Touaregs ont été impliqués dans le processus de transfert dès le début. « Nous avons organisé plusieurs réunions et défini un itinéraire », affirme Mouhamoud Abdoulaye Al Kan Afi. « Nous avons pu aller voir Intikane. Ce lieu nous convient, ainsi qu’à nos animaux », ajoute ce réfugié, ancien respecté et l’un des principaux gardiens de troupeau, qui monte son cheval comme un jeune homme.
Le HCR a associé un partenaire local, Akarass, pour aider à organiser cette caravane qui constitue une opération logistique importante. « Nous avons pensé à tous les détails : des points d’eau le long de la route et des vivres pour les gardiens de troupeau », explique Oumarou Danni Saadou, employé de l’ONG. Il ajoute que des gendarmes à dos de chameaux ont assuré la sécurité.
La santé des animaux a été surveillée par un vétérinaire et, à leur arrivée à Intikane, tous les animaux ont été vaccinés pour éviter la propagation de maladies au bétail appartenant à la communauté locale.
Le train d’animaux s’étendant sur trois kms a été chaleureusement accueilli par la communauté locale à son arrivée à Intikane. « Les réfugiés et leurs animaux sont les bienvenus. Ce qui leur est arrivé pourrait arriver à tout le monde », déclare Alghadawi Ilhouda, le chef du village, situé dans une zone aride de broussailles et de sable. « Nous devons les soutenir en partageant notre eau et nos pâturages », ajoute-t-il.
Certains bergers maliens ont été ravis de découvrir qu’il y avait un puits à Intikane, actionné par des pompes et des générateurs puissants rénovés grâce au HCR. « C’est comme de l’eau de pluie », déclare un réfugié dénommé Omar Mouhamadou. Le puits, d’une profondeur de 700 mètres, bénéficie également à la communauté d’accueil dans cette partie de la région de Tahoua au Niger, où la région du Sahel rejoint le Sahara.
Le gouvernement du Niger, avec l’aide du HCR, prévoit d’amener d’autres communautés de réfugiés vers des pâturages plus sûrs situés davantage à l’intérieur du pays au cours des prochaines semaines. Mais contrairement aux animaux et à leurs gardiens, la plupart des réfugiés feront le voyage à bord de convois organisés par le partenaire du HCR, l’Organisation internationale pour les migrations.
Le HCR protège et assiste quelque 50 000 réfugiés maliens au Niger. Ils font partie des plus de 175 000 réfugiés maliens dans les pays voisins, dont le Burkina Faso et la Mauritanie.

Par Bernard Ntwari à Intikane, Niger,http://www.unhcr.fr/518ce455c.html

Lettre ouverte du Secrétaire Général du MNLA

Mouvement National de Libération de l’Azawad
°°°°°°°°°
MNLA
Unité – Liberté - Justice



Lettre N°015-2013/P-CTEA


Le Secrétaire Général du MNLA, Président du CTEA A

Son Excellence, Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, New York,
Son Excellence, Madame la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, Addis Abeba,
Son Excellence, Monsieur le Président de la Commission de l’Union Européenne,
Son Excellence, Monsieur le Président en exercice de la CEDEAO,
Son Excellence, Monsieur le Chef de la MISMA- Bamako,
Son Excellence, Monsieur le Président de la République Française,
Son Excellence, Monsieur le Président des Etats Unis d’Amérique,
Le Mouvement National de libération de l’Azawad (MNLA) se félicite de tous les efforts que vos institutions respectives et vous–mêmes ne cessez de déployer en faveur de la paix et particulièrement pour trouver une issue au conflit opposant le MNLA au gouvernement de transition du Mali.
C’est pourquoi le MNLA saisit l’occasion pour vous renouveler sa confiance en vue d’un règlement pacifique, équitable et définitif de la question de l’Azawad.
1 - Négociations politique : le MNLA a, à maintes reprises,tendu la main aux négociations politiques avec les autorités maliennes, et ce bien avant le déclenchement des hostilités. Le MNLA a renouvelé son offre de négociations de façon constante après la libération de l’Azawad. Depuis le mois de septembre 2012, une plate-forme de règlement politique du conflit opposant l'Azawad au Mali a été élaborée et remise au médiateur de la CEDEAO par le MNLA ainsi qu’à d’autres pays impliqué dans la recherche d'une solution négociée entre les deux parties ; toutefois, pour éviter de renouveler les échecs antérieurs (1964, 1991, 1992, 2006), le dialogue politique doit se faire sous l’égide, et avec les garanties, de la communauté internationale, de même que celles de tous les pays engagés à servir la paix.
Le MNLA rappelle qu'il demeure prêt à entamer, et dès maintenant, des négociations politiques avec les autorités maliennes de la transition, conformément aux termes de la résolution 2100 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Il est cependant utile de préciser que les négociations politiques ne semblent êtres souhaité et recherché que par une seule partie, le MNLA en l’occurrence. Or, il est indispensable que les autorités de transition de Bamako affichent clairement leur volonté quant à la recherche d’une véritable solution négociée.
Nous avons remarqué avec regret que le Mali, après son échec dans la sécurisation des villes qu’il occupe et son inefficacité dans la lutte contre le terrorisme, cherche à présent à attaquer les positions tenues par le MNLA. C'est pourquoi, nous souhaitons attirer l’attention de la communauté internationale sur cette préoccupante question car si le Mali ouvre à nouveau les hostilités, cela anéantira les efforts déjà consentis et les résultats positifs de l’opération SERVAL. Le MNLA constate également que les appels émis jusqu’à présent par certains acteurs de la communauté internationale en faveur de la paix ne semblent pas avoir été entendus par Bamako.
Pour notre part, le MNLA assure la communauté internationale qu'il ne relancera en aucun cas les hostilités, mais il n'aura pas d'autre choix que de se défendre s’il est attaqué. Par ailleurs, le MNLA précise qu'il sera, dans ce cas, dans l’obligation de réviser ses décisions antérieures relatives à sa volonté et à son engagement à œuvrer pour une solution politique négociée avec les autorités de transition de Bamako.
Aussi, le MNLA appelle solennellement tous les pays engagés à servir la paix à ramener les autorités de transition de Bamako à la raison. Si l’armée malienne, qui serait plus utile à assurer la protection des populations civiles livrées aux exactions, en venait à attaquer les positions du MNLA, nous nous considérerons alors en légitime défense.
2- L’intégrité territoriale du Mali: conscient des contraintes imposées par la communauté internationale, le MNLA a reconnu l'intégrité territoriale du Mali mais constate cependant que jamais rien de significatif n’a été fait en matière de développement dans l’Azawad, et ce à la suite de multiples conflits et négociations antérieures. C’est pour cela que le MNLA estime que la création d’une entité fédérale pour l’Azawad, regroupant l'ensemble de l’espace communément appelé Nord–Mali, au sein d’un Mali réellement rénové, constitue véritablement une solution juste et durable pour le conflit qui oppose l'Azawad à Bamako depuis l'indépendance du Mali.
Par ailleurs, le MNLA rappelle encore une fois qu’il a déjà déclaré, à plusieurs reprises, dans des lettres officielles et à travers des communiqués sur son site officiel, qu’il reconnaissait les frontières internationales du Mali.
3 - Observateurs des Nations Unies : afin de garantir la sécurité et l'intégrité physique des azawadiens, le MNLA souhaite le déploiement immédiat des observateurs des Nations Unies sur l’ensemble du territoire de l’Azawad. L’ouverture des bureaux de l’ONU dans les régions de l’Azawad permettra le retour à la paix et sa réelle consolidation et permettra par ailleurs la réalisation effective du développement de la région.
4 - Situation humanitaire : un nombre important des populations de l’Azawad est actuellement réfugié dans les pays voisins: Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Algérie. D’autres populations sont déplacées à l’intérieur. Celles-ci sont dans une situation dramatique, dans l'insécurité la plus totale, comme ont pu formellement en témoigner les organisations internationales des droits humain. Le MNLA estime que le sort de ces populations mérite une attention particulière des organisations humanitaires et que leur sécurité relève de la responsabilité internationale et plus particulièrement de celle de tous les acteurs impliqués dans le conflit.
Pour conclure, le MNLA réitère son entière disposition à s’asseoir à la table des négociations avec les autorités maliennes de transition, sous l’égide et la garantie de la communauté internationale.
Le MNLA s'est formellement engagé à cesser toute hostilité, et il tiendra ses engagements. Le MNLA ne reprendra le combat que s’il y est contraint, mais s'il y est contraint, il le fera avec détermination.
Aussi, le MNLA attire vos honorables attentions et vous sollicite respectueusement car vous pouvez empêcher que le Mali ne relance la guerre et vous pourrez ainsi éviter aux populations civiles de nouvelles et inutiles souffrances car le peuple de l'Azawad, dont le MNLA est le représentant légitime, est déterminé à régler définitivement ce conflit qui nous oppose depuis déja trop longtemps.
Je vous prie d’agréer, vos Excellences, l’expression de notre plus haute considération.


Kidal, le 05 Mai 2013

Pour le MNLA,
Le Secrétaire Général,
Président du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA)
Bilal AG ACHERIF

Avec les Touaregs de l’Azawad

Ferhat Bouda est un photographe kabyle installé à Francfort, en Allemagne. Il s’attache à documenter tous les aspects de la culture berbère. En septembre 2011, à Djerba, il rencontre des Touaregs et décide de partager un temps leur vie. Lorsque qu’il fut prêt à partir, au début de l’année 2012, la guerre était déclenchée dans l’Azawad, cette région désertique appelée aussi Nord-Mali. Il y est « rentré par le nord-est de la Mauritanie, raconte-t-il au site Tamazgha. À la frontière, j’étais pris en charge par des combattants du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) et je suis parti avec eux jusqu’à leur base. Là-bas j’ai rencontré d’autres soldats, des responsables du MNLA et des prisonniers maliens.» C’est le quotidien des combattants du MNLA qu’il nous propose dans ces images rares d’un conflit qui désormais touche la France.
  • Ferhat Bouda est exposé au festival ImageSingulières, du 8 au 26 mai à Sète. Voir ici.
   
http://www.mediapart.fr/portfolios/avec-les-touaregs-de-lazawad
  
© Ferhat Bouda
01
Février 2012, à Hassi el Beidh. Beaucoup de civils ont quitté les zones de combat mais certaines familles préfèrent rester au Nord-Mali.
© Ferhat Bouda
02
Février 2012, région de Tombouctou. Combattants du MNLA dans la base d’opération militaire de Léré.
© Ferhat Bouda
03
Février 2012, région de Tombouctou. Le drapeau de L’Azawad flotte sur les terres libérées.
© Ferhat Bouda
04
Février 2012, dans la région de Tombouctou. A gauche: Mana, 17 ans, n’a jamais été à l’école et ne parle que le berbère. Le seul espoir, pour les jeunes touaregs, est d’obtenir l’indépendance. A droite : Un combattant du MNLA, déserteur de l’armée malienne. Dès le début de l’insurrection de 2012, plusieurs centaines de militaires touaregs ont déserté l’armée malienne pour rejoindre le MNLA.
© Ferhat Bouda
05
Février 2012, région de Tombouctou. Combattant du MNLA avec une mitrailleuse.
© Ferhat Bouda
06
Février 2012, région de Tombouctou. Tôt le matin, un combattant dort par terre.

Une exception nommée… Kidal !

Kidal, dernière ville du Nord-Mali à être toujours sous le contrôle du MNLA, avec la bénédiction des forces françaises qui occupent la ville. Une situation qui agace les autorités maliennes ainsi que la presse bamakoise, d’autant que ces derniers jours, l’armée malienne qui s’apprêtait à entrer dans la ville, a reçu l’ordre de rester sur ses positions, apparemment sous la pression de Paris…
Inacceptable pour L’Indicateur Renouveau : « Il faut dire non à la France ! », s’exclame le journal bamakois. « Au moment où nos forces armées et de sécurité s’apprêtaient à offrir au peuple malien l’ultime victoire de la reconquête des régions du Nord, la France, par un détour révoltant et méprisable, vient de mettre les pieds dans le plat. Aux portes de Kidal, ordre a été donné à l’armée malienne de se replier. (…) L’indignation est à son comble, fulmine L’Indicateur Renouveau, quand nos “autorités” de la transition acceptent, sans réfléchir, de se plier à une telle exigence, fut-elle d’un pays ayant soutenu le Mali dans la guerre contre les jihadistes. Le dernier pas vient donc d’être franchi par la France, qui ne cache plus sa complicité avec les mouvements indépendantistes touaregs. »
En effet, précise le journal malien, « la France, par son jeu trouble, tente mordicus de mettre les groupes armés du MNLA au du MIA au centre du jeu. Et visiblement, l’ex-colonisateur se moque de cet appel solennel du peuple malien, qui refuse tout dialogue avec ceux qui ont égorgé nos militaires, violé les femmes, pillé les biens des populations, saccagé les bâtiments publics au Nord. »
« Quand ira notre vaillante armée à Kidal ? », s’interroge pour sa part Le Matin, autre périodique malien. Le Matin avance une date, celle du 15 mai prochain. « Les préparatifs seraient très avancés afin que l’armée puisse faire mouvement vers Kidal. Elle ira imposer la souveraineté du Mali sur la ville, ses environs et toute la région. (…) Nous, civils, sommes impatients de voir Kidal libéré. Et nos soldats sont encore plus impatients. Ils meurent littéralement d’envie de recevoir l’ordre d’aller bouter tout ce qui est “azawadiste” hors de Kidal et d’ouvrir la voie à l’administration, aux opérateurs économiques et aux autres citoyens. »
La voie de la négociation…
Alors, l’armée malienne bientôt à Kidal ? Pour Le Prétoire, rien n’est moins sûr… Le Prétoire, qui estime en effet que « la voie militaire n’est pas l’option privilégiée pour la reprise de Kidal, toujours sous contrôle du MNLA. » Mais plutôt celle de la négociation. Le Prétoire annonce qu’une « mission gouvernementale qui devrait être conduite par le Premier ministre prévoit de se rendre dans les jours à venir à Kidal, pour poser les jalons de la négociation avec le MNLA, en convaincant ce mouvement de déposer les armes et de revenir ainsi dans la République. Comme pour donner raison au ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui avait récemment indiqué que le dialogue devait permettre de régler le cas de Kidal. »
Toutefois, remarque le journal malien, on risque fort de s’orienter vers un dialogue de sourds : « Le MNLA, en préalable à toute idée de désarmement, réclame un statut juridique et politique pour son territoire imaginaire de l’Azawad. Un préalable auquel le Mali, encore moins la communauté internationale, pourrait difficilement adhérer. En tout cas, conclut Le Prétoire, la complexité et le flou qui entourent la situation de Kidal sont tels que les Maliens sont nombreux aujourd’hui à se demander si cette partie de notre territoire pourra revenir dans notre giron avant la tenue des élections, bien que les autorités transitoires affichent leur détermination à les tenir sur toute l’étendue du territoire national. »
Pas de bain de sang !
Le Procès-verbal, autre périodique malien, tente d’expliquer également le pourquoi de la position française. « La France, semble-t-il, ne veut pas d’un bain de sang qui pourrait lui être reproché comme cela est arrivé au Rwanda ; ensuite, elle veut, tout en maniant la menace des armes, se donner le temps de convaincre le MNLA, qui considère le Mali comme une puissance coloniale, de libérer pacifiquement la ville et de s’inscrire dans le cadre d’une négociation politique avec le gouvernement malien. Dans le même temps, poursuit Le Procès-verbal, la France met la pression sur le gouvernement malien en vue d’engager des négociations concrètes avec le MNLA. Le MNLA que tous les Maliens considèrent pourtant, relève le journal malien, comme le déclencheur des maux qui ont déferlé sur le pays depuis janvier 2012. » Et Le Procès-verbal de conclure : « Lourd challenge ! »
http://www.rfi.fr/emission/20130509-une-exception-nommee-kidal
 
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