Mali - Richard Zink (UE) : "La question du MNLA est politique, il faut la traiter politiquement"


Réconciliation nationale, reconstruction, développement, élections... Avant de prendre son vol pour Bruxelles, où il devait participer à une importante conférence de bailleurs internationaux, le 15 mai, l’ambassadeur de l’Union Européenne au Mali, Richard Zink, nous a livré son analyse de la situation dans le pays. Interview.

Jeune Afrique : Qu’est-ce la conférence sur l'aide au Mali, le 15 mai à Bruxelles, doit aborder en priorité ?
Richard Zink : D’abord, les autorités maliennes exposeront leurs plans de reconstruction du pays. L’UE donnera 15 millions d’euros pour le financement des élections et 2 autres pour la mobilisation des électeurs. Il y aura aussi des financements de programmes d’adduction d’eau et l’appui à la décentralisation. On parlera aussi de la reconstruction de la route Goma-Coura Tombouctou, arrêtée à cause de la crise et nous sommes prêts à les reprendre.
Nous sommes en contact avec l’Algérie, la Banque africaine de développement (BAD), etc…  pour financer la route Gao – Bourem – Kidal – frontière algérienne. Et les Algériens sont en train de travailler sur la route Tamanrasset - frontière malienne. Si nous arrivons à réaliser ce projet, nous aurons réussi à réaliser un rêve qui date des années 1930, qui est de relier la mer méditerranée à l’Océan Atlantique [à travers le Sahara, NDLR].

Que se passera-t-il si l’armée malienne prenait le contrôle de Kidal avant l’ouverture du dialogue ?
C’est un très mauvais scenario qui aggravera certainement la crise. Si les troupes françaises et tchadiennes sont dans la région de Kidal, ce n’est pas pour protéger les séparatistes, mais l’intégrité du Mali menacée par les jihadistes. Il faut une solution politique sur la base de discussions. Je suis convaincu qu’un compromis sera trouvé.
Avec cette crise, on s’est rendu compte que l’armée était très faible, et pas par la faute des Touaregs ou du MNLA.

Mais les autorités maliennes accusent le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) d’être le cheval de Troie des djihadistes qui ont attaqué le pays...
Si le MNLA n’est pas le seul problème du Mali, c’est une question politique qu’il faut traiter politiquement. Avec cette crise, on s’est rendu compte que l’armée était très faible, et pas par la faute des Touaregs ou du MNLA. Depuis 15 ans, il y a eu beaucoup de prises d’otage, de trafic de drogue, mais aucune condamnation par un tribunal… Tous ces facteurs ont contribué à la crise.

Les leaders des groupes touaregs armés demandent une large autonomie de l’Azawad. Pensez vous que c’est une solution ?
Si cela convient aux Maliens, nous la soutiendrons. Il y a aussi la décentralisation. Nous voulons que les Maliens trouvent leur modèle, pour rétablir l’harmonie en évitant les frustrations qui peuvent créer d’autres problèmes. En tout cas pour la stabilisation et le progrès, il faut l’unité, la paix et le développement économique.

Pensez-vous qu’il sera possible de tenir les élections à Kidal sans la présence de l’armée malienne ?
Cette question fait partie des points en discussion. Mais c’est la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui organise les élections, pas l’armée. L’essentiel, c’est que le scrutin ait lieu partout au Mali.

Pensez-vous que les électeurs qui soutiennent l'indépendance de l'Azawad se rendront aux urnes avant le dialogue ?
Le processus de dialogue prendra deux ans, et peut être même plus. Il faut des autorités crédibles et légitimes pour y participer, c’est pour ça que ces élections sont très importantes en ce moment. Attendre que le dernier refugié soit rentré et que le dialogue soit clos, ce serait vraiment jouer avec le feu.
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Propos recueillis par Baba Ahmed, à Bamako


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